FRANCE/ALLEMAGNE

1880-1914

La Veuve fonctionne partout


Palmarès d'Alsace-Lorraine


Voici ce que m'apprit en 2003 Christian Schrepper, de Essen (Allemagne), quant à la peine de mort en Allemagne :
"Il y a eu 572 exécutions avec la guillotine à l'Allemagne (incl. Als.-Lorr.) de 1817-1932, mais aussi 1491 exécutions avec l'épée, la hache, la roue, au gibet et au bûcher (aprés décapitation). Je ne peut pas encore dire le nombre total des exécutions 1933-45. Il y a eu aussi 126 (121 hommes et 5 femmes) décapitations avec la guillotine après la guerre, suite à des condamnations des tribunaux militaires britanniques ou des chambres correctionnelles allemandes, à Berlin, Hamburg, Dortmund, Wolfenbüttel, Rastatt et Tübingen. Mais il y avait aussi beaucoup d'exécutions par fusillade (condamnés etranger) et pendaison (pour crimes de guerre)."

Les dernières exécutions publiques allemandes :
- La dernière exécution en public avec la guillotine a eu lieu à Zweibrücken (Royaume de Bavarie) le 7 mars 1862, quand Friedrich Roesch a été décapité.
- Les deux dernières exécutions en public ont eu lieu en Octobre 1864 : Ludwig Hilbert a été exécuté le 14 octobre 1864 avec l'épée à Marburg (Electorat Hessen-Kassel) et Marie-Rosine Strauss a été exécutée le 21 octobre 1864 avec la hache à Greiz (Principauté Reuss-Greiz).



En ce qui concerne la guillotine :

- Il y eut 19 exécutions par guillotine en Alsace-Lorraine entre 1870 et 1918. Dix-huit étaient des hommes, une seule femme fut exécutée.
- Deux machines furent utilisées en territoire occupé, de 1870 à 1910 : à Metz, c'était l'ancienne machine de Mézières, récupérée en 1853 ; pour l'Alsace, c'était la guillotine de Colmar, soit-disant datant de 1793. D'autres sources forcèrent le trait en disant que c'était celle de Strasbourg, commandée sous la Révolution par l'accusateur public Euloge Schneider... qui finit sous son couperet !
La Presse, le 25 février 1911, mentionne le projet de mise au rancard de la vieille "Veuve" de la Révolution :
Ils sont conservateurs, en Allemagne ! L'administration de la justice germanique vient seulement de songer à remplacer la vénérable guillotine qui est seule à fonctionner en Allemagne depuis le dix-huitième siècle. Cet antique instrument trancha, durant la Terreur, bien des têtes alsaciennes, et, depuis, servit à exécuter divers assassins de marque. Mais ses longs services ont fini par détériorer la machine, qui doit être remplacée par un modèle plus récent et plus perfectionné. C'est une maison de Kœnigshofen (Alsace) a été chargée officiellement de la construction des bois de justice, et l'appareil sera incessamment transporté à Metz. Comme sa devancière, cette guillotine est-elle destinée aux Alsaciens-Lorrains ?
Quoi qu'il en soit, pour les trois dernières exécutions, ce fut une nouvelle machine, une "Fallbeil" de métal suivant les plans de l'horloger Johann Mannhardt, qui fut employée. - Les exécutions se passaient dans les cours de prison, avec un nombre de spectateurs restreint, entre cinquante et soixante-dix personnes et uniquement des hommes.
- Tous les exécutés sauf un furent condamnés par des cours d'assises, leur condamnations confirmées par le Kaiser (Guillaume I, puis Guillaume II); les exécutions étaient pratiquées par les bourreaux d'Oehringen, Royaume de Wurttemberg, Schwarz (?-octobre 1888), entrepreneur de camionnage, décédé en service, puis par son remplaçant Friedrich Siller (?-1927), équarisseur, qui resta en activité jusqu'au milieu des années 1920.
- Il n'y eut aucune exécution entre 1871 et 1879, parce que Guillaume I gracia tous les condamnés en Alsace-Lorraine et en Prusse.


A ces précisions, il faut rajouter ces informations concernant la méthode d'exécution : le condamné est prévenu la veille au matin, et à l'opportunité de voir ses parents dans l'après-midi. Montée dans la soirée par un maître serrurier (à Metz, en 1908, c'est à M.Leichert que revient cette tâche), la guillotine de Colmar ne comporte pas de panier, et c'est un cercueil de sapin peint en noir placé latéralement qui réceptionne le corps du supplicié. En outre, la machine est montée sur un petit échafaud, haut d'environ un mètre. Reveillé à l'aube, le condamné peut, à sa demande, recevoir les secours de la religion. Les officiels ne le prennent en charge que cinq à dix minutes avant. Remis aux exécuteurs, le condamné a les yeux bandés et est ligoté sur la planche à bascule par un système de courroies, comme sur les bois de justice de la Révolution. Dans la majorité des cas, visiblement, le corps n'est pas confié à la famille, mais remis aux médecins de la Faculté.

Date Heure Lieu Nom Crime Exécution Condamnation
Vendredi
13 août 1880
6h Colmar

Oberelsass

Cour de la maison d'arrêt, 1, rue des Augustins
Louis Weber

41 ans, ouvrier cordonnier

(24 mars 1839, Obernai, 67)
Prisonnier à la maison centrale d'Ensisheim, tue à coups de tranchet dans le dos, les bras et la poitrine son codétenu et amant, Michel Trampert, 34 ans, ouvrier cordonnier, le 07 octobre 1879.

Les deux hommes avaient eu une liaison pendant près de trois ans, avant que Trampert décide de n'y mette un terme, peu avant sa libération, fixée au 09 octobre 1879.
Ramené d'Ensisheim le 10 août. Prévenu le 12, sans réaction d'horreur. Se confesse. Dès 4 heures du matin, communie et reste assisté par un prêtre jusqu'au bout. Déjeune de bel appétit d'un rôti froid. Se montre plutôt ferme, et après lecture de l'arrêt, dit "Je remercie sa Majesté l'empereur". Après avoir été embrassé par les pères Schneider et Müller, plaqué sur la bascule, se contente de dire aux aides qu'il est inutile de l'attacher avant de les laisser faire. 15 décembre 1879
(Cour d'assises de la Haute-Alsace)
Vendredi
28 juillet 1882
6h Colmar

Oberelsass

Cour de la maison d'arrêt, 1, rue des Augustins
François Antoine Ketterlin

50 ans, forgeron à Mulhouse

(19 février 1832, Steinbrunn-le-Bas, 68)
Le 9 janvier 1882, à Geispitzen, égorge à coups de couteau son ex-épouse Katharina Eberhart, 43 ans, qui avait obtenu le divorce suite aux mauvais traitements qu'il lui infligeait.

Ruiné par le divorce et d'autres ennuis judiciaires, il l'avait rendue responsable de son malheur.
Prévenu la veille, refuse tout secours religieux en insultant l'aumônier Schneider et le curé Meyblum. Réveillé à 5h45 par le procureur impérial Stadler. Devant l'échafaud, comme le père Schneider tente une dernière fois de l'exhorter à la prière, répond : "Allez chez ces Messieurs de la justice ! Qu'eux montent avec moi !" A part le procureur, le greffier, deux juges, les gendarmes et les gardiens, seuls quelques médecins et une douzaine d'habitants de Colmar sont présents. 13 mars 1882
(Cour d'assises de la Haute-Alsace)
Vendredi
09 novembre 1883
8h10 Metz

Lothringen

Cour de la maison d'arrêt, rue Saint-Gengoulf
Frédéric Jacques Kurowski

31 ans, batelier

(18 juin 1852, Stangenwalde, Prusse occidentale)
Avec son complice Sonnenschein, étrangle et pend à un portemanteau sa voisine, la veuve Schneider, la patronne du café "Le Lapin qui fume" à Queuleu, pour lui voler de l'argent, un réveil, des bijoux et un manteau pour transporter le tout, le 12 janvier 1883. Prévenu la veille, d'abord calme, fond en larmes puis accuse Sonnenschein et un nommé Schneider d'avoir été les vrais meurtriers, lui n'ayant servi que de guetteur. Demande à voir son frère et sa soeur, mais dans l'impossibilité de le satisfaire, on lui permet évidemment de leur écrire une lettre. Soupe et prend du café, puis discute avec les gardiens en fumant des cigares, avant de dormir jusqu'à 4h30, attendant l'arrivée de l'aumônier pour communier. Conduit à 8h05 dans la cour, écoute parler l'abbé Simon, puis la lecture de l'acte de condamnation, avant de monter résigné les trois marches de l'échafaud pour se laisser préparer, retirant lui-même sa veste et sa cravate. Embrasse les prêtres, puis adresse à voix haute mais secouée de sanglots ses adieux à sa famille, puis s'écrie : "Adieu, mes frères : je vous quitte maintenant". Près de cent personnes présentes. 08 juin 1883
(Cour d'assises de la Lorraine)
Mardi
23 septembre 1884
8h Metz

Lothringen

Cour de la maison d'arrêt, rue Saint-Gengoulf
Hermann Julius Sonnenschein

26 ans, cordonnier

(vers 1858, Beyenburg, Allemagne)
Avec son complice Kurowski, étrangle et pend à un portemanteau sa voisine, la veuve Schneider, la patronne du café "Le Lapin qui fume" à Queuleu, pour lui voler de l'argent, un réveil, des bijoux et un manteau pour transporter le tout, le 12 janvier 1883.

Arrêté à Limoges, il est extradé en février 1884, ignorant tout de l'exécution de son complice.
Informé à 8h le 22, tremble mais dit avoir prévu cela, et qu'il espère que Dieu lui pardonnera son crime. Sollicite la présence d'un prêtre jusqu'au lendemain matin, et demande s'il peut voir ses parents, ce qui est impossible ; se contente de pouvoir leur écrire. Dit se contenter, pour son dernier repas, de l'ordinaire de la prison, et affirme pouvoir même jeûner jusqu'à la dernière minute. Rajoute qu'il ne souhaite pas, à l'instar de son complice Kurowski, que son exécution soit dessinée et publiée dans la presse (Le Petit Messin avait publié une gravure de l'exécution de Kurowski). L'abbé Simon arrivant à ses côtés, le condamné déclare qu'il priera toute la nuit, et demande un livre d'heures pour ses parents, ainsi qu'une messe à son intention. Peu après 4h du matin, communie dans la cellule. Quitte sa geôle peu avant huit heures, air hagard, démarche titubante. Avant de grimper sur l'échafaud, demande au procureur impérial que ses affaires soient remises à sa concubine, Mlle Neumann, puis embrasse le crucifix et les prêtres avant de se laisser saisir par les exécuteurs, à qui il dit : "Faites vite, n'est-ce pas ?" Corps analysé par deux professeurs de l'université, qui concluent à une parfaite santé physique et mentale du condamné. 28 juin 1884
(Cour d'assises de la Lorraine)
Mardi
26 août 1886
8h Metz

Lothringen

Cour de la maison d'arrêt, rue Saint-Gengoulf
Étienne Rouprich

31 ans, valet de labour

(15 décembre 1854, Longeville-lès-Saint-Avold)
Libéré le 23 mars 1886 de la prison d'Ensisheim, après une peine pour vol, se rend le soir-même dans le café de Mme Baudisson, à Pierrevilliers. Il égorge à coups de couteau - volé quelques instants plus tôt chez la veuve Giry à Sémecourt - Marie-Marguerite Baudisson pour lui voler environ 80 marks, des serviettes et des vêtements, et tranche également la gorge du fils de sa victime, Henri, 4 ans, qui venait d'assister au crime et s'apprêtait à courir à l'extérieur en hurlant au secours. Prévenu la veille, pris de tremblements, affirme qu'il croyait être grâcié : "Je ne suis pas un si grand criminel : j'étais un assez bon garçon." Passe plusieurs heures avec l'aumônier Simon, et reçoit la visite de son frère, lors d'une entrevue difficile mais qui s'achève par une accolade. Après la messe et la communion, l'abbé Simon parlant de la mère de Rouprich, ce dernier pleure. "Je n'ai pas connu ma mère. Si je l'avais connue, je ne serais peut-être pas si malheureux." A l'arrivée du procureur impérial, peu avant 8h, Rouprich répond qu'il n'a rien à déclarer : "Je suis prêt. Je me suis confessé, j'ai communié, j'ai prié. Dieu m'a pardonné." Récite un Ave Maria de sa cellule à l'échafaud, écoute l'acte de condamnation, récite encore plusieurs prières avant de grimper sur l'échafaud. 23 juin 1886
(Cour d'assises de la Lorraine)
Samedi
12 juillet 1890
6h Strasbourg

Unterelsass

Cour de la maison de détention préventive, rue du Fil
Michel Karl Ems

37 ans, journalier

(16 septembre 1852, Brechlingen)
Le 20 décembre 1889, tente d'assassiner à Vasselonne, près de Strasbourg, sa bienfaitrice, la veuve Rothan, pour la voler, et tue de huit coups de couteau la domestique Sophie Müller.

Mme Rothan échappe à la mort grâce à l'intervention de sa cousine Caroline Lambs.
Très calme depuis l'annonce faite la veille. Conduit les mains déliées de la cellule à la cour. Après lecture de la sentence, prie, puis s'exclame à haute voix pendant qu'on le pousse sur la bascule : "Jésus, Marie, Joseph, venez-moi en aide !" assez fort pour que les gens se trouvant dans la rue devant la prison puissent l'entendre. 10 mai 1890
(Cour d'assises de la Basse-Alsace)
Jeudi
31 décembre 1891
9h05 Metz

Lothringen

Cour de la maison d'arrêt, rue Saint-Gengoulf
Heinrich "Henri" Uebing

23 ans, artilleur, déserteur

(vers 1868, Wehofen, Allemagne)
Egorge puis frappe d'un coup de marteau à Metz le 7 mai 1891 le lieutenant-colonel Prager, du 33e régiment de feld-artillerie, dont il avait été le domestique militaire, pour lui voler 400 marks, un bracelet, une montre et un complet.

Premier arrêt cassé, verdict confirmé en deuxième instance.
Transféré quelques jours plus tôt depuis la prison militaire. Averti dès la veille : demande à voir son ancien capitaine - qu'il avait également eu l'intention de tuer. Écrit deux lettres, destinées l'une à sa soeur, l'autre à sa compagne, dans lesquelles il leur demande pardon et leur dit Adieu. Reçoit deux fois la visite du pasteur Braun, ne s'alimente pas. Avant de se coucher, vers minuit, dit aux gardiens qu'il est heureux de voir sa mort imminente, que l'attente en prison était insupportable. Se lève à 3 heures, se plonge dans la Bible. Prie avec le pasteur à 7h. Remis au bourreau et à ses aides, va à la mort avec courage. Pendant qu'on l'attache sur la bascule, prie et s'écrie : "Seigneur, ayez pitié d'un pauvre pêcheur." Environ cinquante personnes présentes. 18 juillet 1891 (Conseil de guerre du 166e corps d'armée)



18 septembre 1891 (Conseil de guerre du 166e corps d'armée)
Samedi
12 novembre 1892
8h Metz

Lothringen

Cour de la maison d'arrêt, rue Saint-Gengoulf
Jacques Back

34 ans, vannier

(16 avril 1858, Villerupt, 54)
Dans la nuit du 19 au 20 juillet 1887 à la Briquerie, près de Thionville, étrangle Joseph Fous, ouvrier, pour le voler.

Son frère Dominique Back, 32 ans, vannier, natif du Luxembourg et arrêté dans le Grand-Duché, est condamné aux travaux forcés à perpétuité par la cour d'assises de Luxembourg le 01 août 1892.
Conduit à l'échafaud par deux prêtres, affirme qu'il est innocent jusqu'au bout. Meurt courageusement. 05 mai 1892
(Cour d'assises de la Lorraine)
Lundi
09 septembre 1895
8h Colmar

Oberelsass

Cour de la maison d'arrêt, 1, rue des Augustins
Félix Meschberger

33 ans, cultivateur

(04 octobre 1861, Neubois, 68)
A Neubois, le 21 juillet 1894, à peine dix semaines après leurs noces, tente d'abattre sa cousine et épouse Marie Anne Meschberger, 34 ans, la blessant à la main, et tentant de faire croire à un cambriolage. Tente dans les semaines qui suivent d'empoisonner le café de sa femme à deux reprises. Le 21 octobre 1894, pendant qu'elle prie, il l'assomme à coups de marteau avant de l'étrangler avec une corde et de placer son corps en bas d'un escalier pour faire croire à un accident. Prévenu à 6h30. Effondré, gémit jusqu'à la dernière minute qu'on lui fasse grâce de la vie. Devant la machine, demande pardon aux gens présents, puis embrasse une dernière fois le crucifix. 11 juin 1895
(Cour d'assises de la Haute-Alsace)
Jeudi
23 mars 1899
6h30 Strasbourg

Unterelsass

Cour de la maison de détention préventive, rue du Fil
Jacques Gier

31 ans, journalier

(vers 1867, Hülzweiler, Sarre)
Le 28 juin 1898, à Kronenbourg, égorge de deux coups de couteau Léonie Laubacher, 19 ans, pour lui voler son sac, contenant une bouteille de vin qu'il consomme aussitôt.

Artz est condamné à huit ans de réclusion.
Informé du rejet du recours, dit au procureur : "Vous êtes le plus vil fripon de la machine de l'Etat. Je vous le répéterai à l'échafaud !" Quand on l'attache sur la machine, crie : "Vive la démocratie sociale internationale ! A mort ces canailles, les hauts fonctionnaires d'Etat ! Vive la démocratie sociale internationale !" 01 décembre 1898
(Cour d'assises de la Basse-Alsace)
Mardi
16 octobre 1900
7h04 Metz

Lothringen

Cour de la maison d'arrêt, rue Saint-Gengoulf
Jean Pierre Dimoff

25 ans, journalier

(21 juillet 1875, Uckange)
Dans la nuit du 28 au 29 juin 1899 au 106, route de Briey à Richemont, tuent à coups de marteau Mlles Françoise Arnould, 70 ans, et Anne Mangin, 75 ans, rentières, avant de fouiller la maison et de voler une montre en or, une montre en argent et une croix en or.

Kiffer avait été, une semaine plus tôt, libéré de la prison de Clarvaux. Il avait passé au total 28 ans de sa vie en prison.
Avertis la veille vers 10h du matin. Kiffer répond : "Je n'ai pas peur de mourir." Dimoff reste horrifié et prostré. Il reçoit dans la journée la visite de sa mère et de ses deux soeurs, adieux déchirants. La soeur unique de Kiffer ne se présente pas. Guillotine montée le lundi soir dans la cour, côté rue Saint-Gengoulf, par un serrurier de la ville. Cinquante personnes présentes. A l'aube, les deux hommes acceptent de voir le chanoine Simon, et communient. Devant la machine, Dimoff reçoit lecture de l'arrêt, puis fait une prière. Kiffer agit de même et meurt courageusement. 16 mai 1900
(Cour d'assises de la Lorraine)
7h12 Jean-Baptiste Kiffer

53 ans, journalier

(12 février 1847, Souftgen)
Mardi
30 mai 1905
6h Colmar

Oberelsass

Cour de la maison d'arrêt, 1, rue des Augustins
Emile Böhm

27 ans, sculpteur

(11 mai 1878, Strasbourg)
Tue à coups de couteau dans le dos M.Ehret, facteur-encaisseur à Colmar, le 08 juillet 1904, pour le voler.

Arrêté dans un champ près de Sélestat, tente de tirer sur le garde-champêtre Koenig qui allait l'appréhender, le manquant de justesse.
Informé la veille. Demande à écrire sur un gros tas de papier à lettres quadrillé, rédigeant plusieurs messages aux membres de sa famille, et en particulier à ses parents à qui il demande pardon. Au procureur, affirme n'avoir été que le complice d'un homme s'étant enfui en Suisse après le crime : une vérification est faite, mais les magistrats concluent à laisser la justice suivre son cours sans délai. Reçoit le soir la visite de son frère cadet, puis de son épouse et de leur bébé de trois ans. La séparation, à 21h30, est tragique. Reste dans sa cellule jusqu'à minuit avec le vicaire Erichson, avant de demander à demeurer seul. Peu avant 6 heures, promet au procureur Hasemann d'avoir du courage, puis après avoir écouté d'un air absent la lecture des actes, grimpe les trois marches d'un pas ferme avant de crier "Marie ! Marie ! Adieu !" 18 novembre 1904
(Cour d'assises de la Haute-Alsace)
Samedi
04 juillet 1908
7h Metz

Lothringen

Cour de la maison d'arrêt, rue Saint-Gengoulf
Léon Emile Thouvenin

18 ans, valet de ferme

(09 décembre 1889, Augny)
Employé chez le fermier François Donnet, tue le père de son patron, Auguste Donnet, en l'assommant à coups de cruche puis égorgea l'épouse de celui-ci, Barbara Wagner, épouse Donnet, largement octogénaire, le 12 décembre 1907 à Lorry-les-Metz pour leur voler 700 francs.

Agé de 18 ans et trois jours au moment du crime, il se retrouve passible de la mort à deux jours près !
Prévenu le vendredi à 9h30. Pris de panique temporairement. Demande et obtient de voir sa mère l'après-midi venu. Nuit calme, bien qu'interrompue par plusieurs réveils. Quitte sa cellule à 6h pour assister à la messe et communier pendant que dans la cour, on conduit les essais de la machine. Les officiels viennent le chercher à 6h55. Dans le costume porté durant le procès, très pâle, fait une dernière prière puis se confie aux exécuteurs qui lui bandent les yeux et l'attachent à la bascule. 21 janvier 1908
(Cour d'assises de la Lorraine)
Mercredi
23 décembre 1908
9h Metz

Lothringen

Cour de la maison d'arrêt, rue Saint-Gengoulf
Etienne Hippert

39 ans, garçon de culture

(05 mai 1869, Garches, 57)
Ayant dépensé tout son pécule dans des cafés de Metz le jour précédent, menace la veuve Trassler, 70 ans, débitante, le 26 mai 1908 au Petit-Montoy, sur la route de Metz à Courcelles, pour qu'elle lui remette de l'argent. Trouvant la somme qu'elle lui propose - 60 marks - insuffisante, il l'étrangle, l'assomme à coups de bouteille de bière, puis lui plante une paire de ciseaux dans la gorge avant de tenter de la violer. Se montre résigné en apprenant la nouvelle, ne demande rien. Se couche à minuit, sans dormir. Déjà debout à 5h. Assiste à la messe, communie, prend une tasse de café. Peu d'émotion quand, à 8h50, le procureur et le greffier viennent lui annoncer officiellement la fin. Conduit au greffe, s'agenouille devant un autel improvisé et récite le Notre Père en allemand. Grimpe seul les marches de l'échafaud, embrasse l'aumônier, puis se laisse bander les yeux avant d'être attaché sur la bascule. Récite la prière jusqu'à la dernière seconde. Environ 70 personnes présentes dans la cour de la prison. 27 juin 1908
(Cour d'assises de la Lorraine)
Vendredi
14 juin 1912
6h Mulhouse

Oberelsass

Cour de la maison d'arrêt, rue d'Ensisheim
Jean-Baptiste Adolf

36 ans, ancien ouvrier en filature

(08 octobre 1875, Bindernheim, 67)
A Sandozwiller (Cernay), le 12 septembre 1911, assomme d'un coup de marteau puis poignarde de plusieurs coups de couteau la veuve Weber, 37 ans, aubergiste, pour lui voler le contenu de sa caisse, soit 32 Marks. La veille, voit sa femme qui vient lui annoncer la mort de leur dernier fils, âgé de cinq mois. Mme Adolf demande à recevoir les vêtements de son époux. Informé le même jour, dit au procureur qu'il s'y attendait, et qu'il a mérité la mort, avant de se mettre à pleurer. Soutenu par l'aumônier et le médecin, gagne une cellule d'observation pour ses dernières heures. Entend la messe et communie vers 4h30. Guidé vers l'échafaud en récitant des prières, il s'adresse après la lecture du jugement aux assistants : "Je prie les personnes présentes de dire un Pater Noster pour moi". Se laisse emporter par les exécuteurs après avoir embrassé le crucifix, puis les aumôniers. Une cinquantaine de témoins présents, dont le gendarme qui l'avait arrêté, et douze citoyens de la ville. 02 février 1912
(Cour d'assises de la Haute-Alsace)
Vendredi
13 mars 1914
6h Metz

Lothringen

Cour de la maison d'arrêt, rue Saint-Gengoulf
Jean Berresheim

28 ans, mineur

(27 septembre 1885, Esch-sur-Alzette, Luxembourg)
Lors d'une crise de colère avinée, tue d'un coup de couteau au bas-ventre le mineur Max Neuschaefer le 23 septembre 1912 à Algrange. Berresheim était jaloux d'un autre homme, Jean-Pierre Legrand, et il voulait le poignarder, mais par méprise, il tua Neuschaefer. Poignarda aussi mortellement le garde-champêtre Schmitz venu l'arrêter ce même jour : Schmitz mourut le lendemain.

La cour suprême de Leipzig casse le premier arrêt pour vice de forme, renvoyant l'affaire devant la même cour d'assises.
Accepte les secours de la religion, meurt courageusement. Lors de l'exécution, le couperet de la guillotine - le nouveau modèle de Fallbeil remplaçant l'antique veuve de la Révolution - s'arrêta sans trancher complètement la tête. Le bourreau doit couper l'ultime lambeau de chair avec un couteau de poche. 21 novembre 1912
(Cour d'assises de la Lorraine)

07 novembre 1913
(Cour d'assises de la Lorraine)
Mercredi
17 juin 1914
6h05 Strasbourg

Unterelsass

Cour de la maison de détention préventive, rue du Fil
Madeleine Merschel, veuve Wendel

41 ans, fermière et colporteuse

(29 mars 1873, Kesseldorf)
AMANTS DIABOLIQUES.

Repris de justice et locataire des époux Wendel à Haguenau, Wirth devient l'amant de la femme. Tous deux décident de concert d'empoisonner Michel Wendel, epoux de Madeleine, 58 ans, menuisier : la victime, intoxiquée à l'arsenic, meurt le 07 mai 1913.
Apprennent la nouvelle la veille. Wirth semble indifférent, Magdalene, prise de faiblesse, doit s'aliter. Wirth reçoit la visite de sa mère dans la journée. Magdalene, unijambiste, est conduite à l'échafaud sur une civière, accompagnée par l'aumônier. Au pied de la machine, lecture de l'arrêt de condamnation. Se retourne vers autel improvisé, prie quelques instants, puis se livre aux exécuteurs. Très calme, Wirth la suit dix minutes plus tard. 05 décembre 1913
(Cour d'assises de la Basse-Alsace)
6h15 Joseph Wirth

39 ans, journalier, ancien légionnaire

(10 avril 1875, Haguenau)


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